Une vie pour apprivoiser la schizophrénie

, par  Véronique R. , popularité : 4%

RÉCIT DE VIE. Richard Beaudoin, résident de Rimouski (ville du Québec), vit avec sa schizophrénie affective depuis ses 20 ans. S’il a accepté de se confier, c’est qu’aujourd’hui, après plus de 30 années de vie aux côtés de cette maladie, il estime que la prévention et le suivi systématiques de ce genre de maladies sont une priorité.

© Photo TC Media - Adeline Mantyk
Richard Beaudoin veut faire prendre conscience que la prévention et les saines habitudes sont primordiales pour les gens atteints de troubles mentaux.


Tout a commencé par un « burn-out », un épuisement professionnel. Après avoir vécu une adolescence tout ce qu’il y a de plus normal en famille à Lac-Mégantic, Richard Beaudoin a commencé à sombrer. Alors qu’il travaillait comme un forcené comme cuisinier en Beauce, il subissait beaucoup de pression : « J’étais débordé, presque tout seul, j’ai fait un burn-out et me suis senti glisser dans l’alcoolisme et la toxicomanie. En 1983, à 20 ans, j’ai été hospitalisé en psychiatrie à Sherbrooke. J’étais totalement déconnecté. On me lavait, on me nourrissait. J’ai vécu un enfer pendant trois mois, j’entendais des voix venant de Dieu, de Satan. J’étais en dépression profonde, mais je voulais continuer à travailler », raconte M. Beaudoin.
« J’ai pris des médicaments, ça n’a pas marché, j’ai subi des électrochocs qui m’ont fait revenir, car j’étais devenu un mort-vivant », détaille l’homme de 53 ans.


Une vie de nomade
D’épisodes chaotiques en périodes de « rémission », Richard Beaudoin a changé de villes, de métiers, de familles d’accueil, d’appartements, bon nombre de fois. « Ma famille ne pouvait rien pour moi, j’ai été place en famille d’accueil à 20 ans. Un jour, j’ai arrêté mes médicaments et je suis parti en virée à Québec, j’étais sur un « high », je me suis pris pour un millionnaire alors que je recevais l’aide sociale, j’ai « loadé » ma carte de crédit à plus de 3 000 $. Puis je suis revenu à Sherbrooke, on m’a placé sous lithium et on m’a empêché de travailler. Je suis devenu bipolaire. Je faisais de la paranoïa, j’avais peur des gens, je me cachais sous les abribus. »

En décembre 1989, M. Beaudoin fait l’objet d’un article et de la page Une du journal de Sherbrooke, « La Nouvelle ». En titre : « Malade mental réhabilité », des mots qui font mal à celui qui a touché le fond.


Des cadavres dans le sous-sol du Dunkin Donuts
En 1990, en formation au Cégep, M. Beaudoin, aux prises avec des difficultés sentimentales, a tenté de mettre fin à ses jours et s’est retrouvé hospitalisé au département de psychiatrie à Sherbrooke. En 1993, installé à Rimouski, une autre psychose l’a assailli : « Je voyais des choses sortir de ma télévision, j’entendais le diable me parler, je croyais que les gens regardaient des cadavres dans le sous-sol du Dunkin Donuts » M. Beaudoin a fait ensuite deux autres tentatives de suicide.


Une nécessaire prévention
En 2002, il a rencontré la femme avec qui il est depuis 14 ans. Son lithium remplacé par d’autres médicaments, il a subi un dernier épisode de psychose : « Depuis, je n’ai plus eu de rechute et suis redevenu moi-même. Je m’occupe de ma blonde, qui est paralysée après plusieurs AVC et a été opérée du cœur. Je suis devenu mon propre médecin. Il est très important que le monde comprenne que la prévention, le suivi médical et de saines habitudes de vie sont très importants pour les gens souffrant de troubles de santé mentale. »

De toute une vie d’épreuves, Richard Beaudoin a tiré cet enseignement, écrit de sa plume : « Vivre, c’est agir. Agir, c’est produire. Produire, c’est tirer le meilleur de soi-même afin d’être heureux. » Aujourd’hui, invalide au travail, il fait partie du groupe Les Insoumis, un groupe de personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale qui se prennent en main en produisant de l’art.





Sources lavantage.qc.ca

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