Neuroleptiques et hyperprolactinémie : des risques pour la santé

, par  Véronique R. , popularité : 3%

L’hyperprolactinémie se définit comme une augmentation de la concentration de prolactine au-delà des valeurs normales variant suivant la technique de dosage utilisée 26 (valeurs seuils maximales : 15 à 25μg/L chez la femme, 15 à 20μg/L chez l’homme). Certains neuroleptiques entraînent cette hyperprolactinémie pouvant engendré des risques d’ostéoporose et de cancer du sein, parmi d’autres possibles conséquences physiologiques moins graves cependant.

L’hyperprolactinémie sous neuroleptique est très vraisemblablement sous-estimée car insuffisamment recherchée. Elle est pratiquement toujours symptomatique mais les signes cliniques ne sont pas toujours mis en avant par les patients. En effet, les troubles sexuels, les troubles du cycle menstruel, ou les galactorrhées ne sont pas évoqués spontanément. Il faut savoir interroger les patients.


Les neuroleptiques les plus hyperprolactinémiants sont :

  • Amisulpride SOLIAN® et générique
  • Rispéridone RISPERDAL® et génériques ; CONSTA®
  • Neuroleptiques classiques

Les neuroleptiques les moins hyperprolactinémiants sont :

  • Clozapine LEPONEX® et génériques
  • Aripiprazole ABILIFY®
  • Olanzapine ZYPREXA®

Les troubles les moins graves sont les suivant :

Manifestations sexuelles et troubles du cycle menstruel :

  • dysménorrhée, aménorrhée, oligoménorrhée, spanioménorrhée
  • Hypogonadisme, troubles sexuels : baisse de la libido, dysfonction érectile, infertilité
  • Gynécomastie, effet trophique sur les glandes mammaires chez la femme, galactorrhée.
    Ces troubles altèrent la qualité de vie des patients ce qui peut nuire à l’observance du traitement.

Autres symptômes :
Acné, hirsutisme (excès d’androgènes par rapport à la concentration d’œstrogènes).


Les symptômes les plus graves et important pouvant mettre en jeu le pronostique vital sont les suivants :


Conséquences osseuses

© Flickr CC by-nc-nd

L’hyperprolactinémie induit une baisse de la masse osseuse. Klibanski a montré que cette perte est significative chez les femmes avec une hyperprolactinémie associée à une aménorrhée alors qu’elle ne l’est pas chez les patientes hyperprolactinémiques avec des cycles menstruels normaux. Ceci va dans le sens d’un rôle primordial joué par les œstrogènes et non d’une action directe de la prolactine. D’autres anomalies hormonales survenant chez les patients avec une hyperprolactinémie semblent
intervenir : la baisse de la testostérone libre, de la progestérone et du sulfate de DHEA. Hommes et femmes sont ainsi touchés par cet effet indirect de l’hyperprolactinémie. Cette baisse de la densité minérale osseuse augmente le risque de fracture et la morbi-mortalité des patients sous neuroleptiques.

Pour finir, il existe d’autres facteurs de risque d’ostéoporose, en particulier chez le patient psychotique : le tabac, l’alcool, la mauvaise alimentation avec une diminution des apports en calcium et en protéines, la polydipsie (hausse des pertes rénales en calcium), l’activité physique insuffisante.

L’ostéopénie est réversible lorsque la concentration de prolactine se normalise (arrêt du traitement ou switch vers un neuroleptique moins hyperprolactinémiant).


Carcinogénèse

© Flickr CC by-nc-nd

Une étude de cohorte rétrospective sur 118000 femmes a mis en évidence une augmentation de 16% du risque de développement de cancer du sein chez les femmes traitées par un antipsychotique par rapport au groupe témoin de femmes de même âge sans traitement. Ce risque est faible mais significatif. D’autres études prospectives ont confirmé ce risque, quel que soit l’âge des patientes, en pré et post-ménopause. In vitro, la prolactine a montré un effet mitogène sur les cellules cancéreuses mammaires. Davantage de preuves sont nécessaires pour évaluer son influence dans le développement du cancer de la prostate. Néanmoins, en biologie moléculaire, il a été mis en évidence une inhibition de l’apoptose et une augmentation de la prolifération cellulaire pour les deux localisation.




Sources : Centre Hospitalier Spécialisé de Caen

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